Lectures de l'île (2/2)

Publié le par JB

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"Si vous utilisez des recettes de cuisine, vous avez probablement fait l'expérience de recevoir la copie d'une recette de la part d'un ami qui la partage avec vous. Et vous avez sans doute fait également l'expérience - à moins d'être un néophyte complet - de changer cette recette. Cette modification, vous la transmettez à d'autres en faisant des copies. Un programme d'ordinateur est comme une recette de cuisine"

Une des plus célèbres des nombreuses paraboles de Richard M. Stallman.


Reprenons l'article sur la biographie de Linus Torvalds, premier volet de la saga américaine en deux épisodes des biographies décodées en vacances :D

Après avoir lu et étudié le livre décrit dans le lien ci-dessus, ma seule envie pourrait se résumer en un mot "Encore !". Lors d'une escale à La Rochelle, nous en profitons donc pour parcourir le rayon informatique d'une petite librairie, et je ne trouve qu'un livre ayant un sujet autre que "Seven pour les nuls" ou "Snow Leopard, décrypté pour les noobzors". Richard Stallman et la révolution du logiciel libre. C'est exactement ce que je recherche ... impossible de passer à côté !

 

Revenu au chalet de Saint-Martin-de-Ré, je me jette dans les 300 pages de l'objet pour n'en sortir que tard le soir. Edité par Eyrolles, célèbre maison d'ouvrages professionnels et pour moi, surtout informatiques, tout au cours de cette décennie, le livre est sous licence GNU FDL, autrement dit n'importe qui peut le lire, le modifier et le distribuer gratuitement, sur un support papier ou numérique. Ce qui explique l'évolution permanente du livre. Nous voilà déjà plongés dans l'univers de Stallman, la liberté.

 

Mais alors, pourquoi cette recherche de la liberté si chère à Stallman ? Pourquoi un tel ouvrage ? Quelles notions doit-il transmettre ? Comme pour la biographie de Torvalds, je m'intéresserai premièrement au point de vue purement biographique du livre. Dans la lignée, je parlerai un peu de ce qu'a permis Richard Stallman dans le monde de l'informatique et ce qu'il a voulu changer dans l'idéologie des gens depuis une trentaine d'années. Enfin, j'offrirai quelques lignes à l'univers du hacker, du vrai, du bon.

 

Richard M. Stallman, abrégé RMS dans ses futurs mails, est né en 1953, aux Etats-Unis. Si ses parents s'apercevront http://ubunturoot.files.wordpress.com/2007/12/richard_stallman_2005_chrys.jpgrapidement d'un grand échec social, ils n'auraient certainement pas imaginé une pointe d'autisme et du syndrome d'Asperger, tout en restant dans la normalité. Ainsi, Stallman, à défaut d'avoir des amis, se trouvera être un excellent élève, même un peu trop. Comme un génie, qui peut se permettre de corriger ses professeurs lors de démonstrations hasardeuses. C'est ainsi qu'avec un A  dans la plupart des matières (le maximum aux USA), il peut intégrer rapidement la célèbre université d'Harvard ainsi que le laboratoire d'intelligence artificielle (AI Lab) du MIT. Aujourd'hui, malgré une absence d'emploi stable rémunéré, le génie pourra se vanter d'une dizaine de doctorats honorifiques d'universités réparties dans les quatre coins du monde, et une vingtaine d'autres titres tout aussi gratifiants.

 


« "Je crois que si vous voulez comprendre l'être humain qu'est Richard Stallman, vous devez vraiment considérer toutes ses facettes comme un ensemble cohérent", conseille Eben Moglen, juriste à la Free Software Foundation et professeur de droit à la Columbia University Law School. »

 

      Au cours de sa vie, et principalement de la partie étudiante, l'homme a d'abord créé et modifié des centaines de programmes, avant de créer le système GNU, bien connu dans le monde de l'informatique. En rassemblant les projets GCC (un compilateur C), GDB (un débogueur) et Emacs (bien plus qu'un éditeur de texte !) dans GNU, il lui manquera néanmoins un noyau pour en faire un système d'exploitation complet et fonctionnel. Fruit du hasard, c'est ce qu'est en train de coder Linus Torvalds, le jeune étudiant finlandais, pour son i386, en 1991. Cette même année sortira donc ce qui deviendra le plus fiable des systèmes d'exploitation : GNU/Linux. Le kernel est utilisé aujourd'hui par les 2/3 des serveurs web, quelques dizaines de millions d'hommes sur leurs ordinateurs personnels, énormément de systèmes embarqués, et même dans l'espace puisque la NASA se sert de GNU/Linux pour contrôler les satellites en orbite autour de la Terre. Et d'un ! Le système entièrement libre triomphe.

      Deuxiemement, l'homme a créé la FSF : Free Software Fondation, un organisme a but non-lucratif qui promeut le logiciel et l'esprit libre à travers le monde. Richard et ses acolytes organisent donc des conférences et des discours dans les universités, aux grands rassemblements comme le LinuxWorld.

      Troisième grande création de Stallman : la licence générale publique, GNU GPL (en). Longuement méditée avec un avocat, cette licence permet à tout être d'utiliser un logiciel, de le modifier, d'avoir accès à ses sources, ainsi que de pouvoir le redistribuer librement. Elle est selon lui la base de tous les bons logiciels qui évoluent avec l'aide de centaines de collaborateurs, reliés seulement par l'Internet (et l'anglais).

      Puis, Stallman prévoyait de développer le noyau du système d'exploitation GNU : Hurd. Ce projet n'a jamais été vraiment terminé et ne sera certainement jamais utilisé en masse, le noyau linux étant largement utilisable et s'étant inscris dans la vie des codeurs.

      Pour finir, RMS est à l'origine de l'environnement graphique Gnome et soutient fortement la Debian, au départ simplement pour contrer KDE et conserver la pluralité. Aujourd'hui, Gnome est un environnement de référence dans la plupart des distributions Gnu/Linux.

 

      « Afin de remédier à cette situation, Stallman recruta des gens pour lancer deux contre-projets [à la bibliothèque Qt et KDE]. Le premier était Gnome, un environnement graphique libre pour le bureau GNU, l'autre, Harmony, une bibilothèque graphique libre qui devait remplacer Qt. Si Gnome réussissait, KDE deviendrait superflu. Si Harmony réussissait, KDE n'aurait plus besoin de Qt. Dans les deux cas, les utilisateurs pourraient utiliser un environnement graphique sous GNU/Linux sans passer par un Qt non libre. »

 

      Tout cela nous amène à la question de ce qu'est un hacker. Tout un chapitre du livre y est dédié, je me contenterai de mettre en avant la volonté de bidouiller tous les logiciels pour les améliorer en permanence. Le plus bel exemple est certainement Emacs, au départ simple éditeur de texte, il est devenu le plus développé de tous les environnements de programmation, grâce à une étroite collaboration entre des centaines (milliers ?) de développeurs. Il intègre aujourd'hui un émulateur de terminal, un client IRC, une reconnaissance de (presque) tous les langages de programmation et surtout une représentation de l'éthique du hacker. Je me permettrai même de dire que ce projet lui tient véritablement à coeur ... (ça, c'est fait) ... Richard et les hackers représentent donc l'esprit du logiciel libre (devenu par convention logiciel open source, nom réfuté par RMS à cause de l'absence de la notion de liberté), que tout doit être accessible. Stallman présente souvent cette notion en trois mots qui nous seront (j'espère) bien connus : Liberté, Égalité, Fraternité. Tous les logiciels doivent être libres, l'accessibilité et les droits doivent être les mêmes pour tout le monde, et la fraternité doit être primordiale afin de produire un bon code et de récupérer des visions différentes du logiciel.

      Suivant cette critique forte du copyright et du DRM, Stallman était à Paris il y a trois ans de cela afin de présenter au gouvernement français une pétition de 165 000 noms contre la loi DADVSI, premier volet de la loi HADOPI. Devant Matignon se trouvaient des CRS pour bloquer l'accès au bâtiment et aux ministres, un refus à la discussion "mûrement réfléchis" selon le gouvernement.

 

 

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Stallman, bon bilingue, défile dans les rues parisiennes pour le refus de la loi DADVSI

 

      Ce livre explique donc très bien la vie de Richard Stallman, mais aussi ses projets qui ont révolutionné l'informatique tout comme les personnes qu'il représente. Au fil du texte, il fait sans arrêt preuve d'un irréfutable entêtement, défendant sans cesse ses idées et ses créations, jusqu'à le porter en auto-dérision lors de représentations où il enfile un habit religieux pour expliquer que le libre est le Bien. Que le mal est représenté par Vi Vi Vi (Vi est un éditeur de texte concurrent d'Emacs), etc.

      L'homme est vraiment l'inverse de Linus, ça ne m'étonne donc pas qu'ils aient du mal à s'entendre sur plusieurs sujets. Par exemple, Torvalds n'hésite pas à utiliser Power Point de Microsoft pour ses représentations, ce que Stallman ne se permettra jamais. L'un cherche à tout prix le logiciel le plus puissant, l'autre ne jure que par le libre. Pourtant les deux arrivent à se retrouver dans l'environnement GNU/Linux ... Le finlandais a codé Linux pour se connecter aux machines Unix depuis son appartement sans avoir à se rendre dans les bâtiments de l'université par le froid glacial, qui règne en Finlande ; Stallman l'a fait pour ne pas utiliser de logiciel privateur ...

 

Cela voudrait donc bien dire que GNU/Linux est supérieur et est la solution pour rallier le meilleur de l'informatique au logiciel libre


A vous de troller ! Linus ou Richard ?

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