Sécuriser l'Internet, chez les anglais : DeBill !

Publié le par JB

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/97/Palace_of_Westminster%2C_London_-_Feb_2007.jpg/800px-Palace_of_Westminster%2C_London_-_Feb_2007.jpg

 

    Amis du soir, bonsoir !

    On se retrouve en compagnie de grands hommes politiques, cette fois d'outre-manche pour Hadopter des lois qui permettent à l'Internet de grandir surveillé. Après la France, après la Chine, c'est aujourd'hui à la Grande-Bretagne de couper la liberté des Internautes des méchants pirates. Assistons-nous à une destruction du web ? Cette vilaine toile refuse de s'auto-réguler, faut-il vraiment user du pouvoir législatif IRL pour la contrôler ?

 

    Une loi au nom très ... direct est apparue en Grande-Bretagne l'année dernière, à l'effigie d'HADOPI, la Digital Economy Bill. On l'abrège DeBill (très sérieusement) et pourrait approximativement la traduire par "Projet de loi sur l'économie numérique". Je ne me permettrai pas de faire de jeu de mot sur son nom, pour une fois.

 

    En 2009, le gouvernement Gordon Brown proposait effectivement d'instaurer la riposte graduée chère au gouvernement français afin de combattre le partage de médias illégalement par P2P. Jusque là, rien d'anormal. On envoie une lettre au propriétaire d'une IP qui télécharge illégalement le dernier film de Vincent Lagaff', on bride sa connexion (c'est fourbe !), on l'empêche de télécharger, on lui coupe sa connexion, à la troisième fois.

 

http://wapiti.telecom-lille1.eu/commun/ens/peda/options/ST/RIO/pub/exposes/exposesrio2008-ttnfa2009/Delebecques-Habert/images/reseau_PtoP.gif

Organisation d'un réseau Peer-to-Peer (flèches bleues)

 

    Oui, sauf que les anglais ont réussi un petit coup ma foi bien sympathique et très efficace, celui même d'inclure un article 17 dans cette loi. Un article atroce, abominable, comme quoi les ministres (secrétaires d'États) pouvaient modifier les droits (droits d'auteur, marque, brevets) comme ils le voulaient, sans avis du Parlement. Comme quoi les ayants droits pouvaient exiger la récupération de listes auprès des FAI, des écoles, des entreprises, contenant des informations personnelles sur les méchants pirates. Inacceptable, hein ?

Les commerciaux appelleront ça un "porte-au-nez", théoriquement c'est assez simple, on propose quelque chose d'intolérable pour tout bon citoyen du pays du Bill of Rights, afin de passer la véritable loi sans problème, un peu comme un compromis. Complot ou pas, des dirigeants d'eBay, Facebook, Yahoo et Google ont signé communément une lettre à l'attention du gouvernement britannique, affirmant ressentir une grave inquiétude pour le respect des libertés, de l'anonymat, et contre la puissance démesurée des ministres. Le gouvernement répondra que cette loi n'a pour but que de limiter et de freiner le piratage sur Internet. Souvenez-vous, on est infestés de pédophiles néonazis. Et surtout, on ne fait pas gagner assez d'argent à Sony Music et Universal.

 

Le 17 Mars de cette année, la loi est votée, elle passe. À deux détails :

  • Le "porte-au-nez" est évidemment (et heureusement) refusé, laissant le reste du projet de loi passer avec une large majorité.
  • La censure des sites encourageant le téléchargement illégal ne se fera qu'après passage au tribunal. On rejoint donc la situation française.

 

Il ne reste plus que 2 mois aux amis de Gordon Brown avant la dissolution du Parlement et les élections législatives le 6 Mai, d'où le passage rapide de cette loi, tant que la possibilité leur en est donnée.

 

    Le 7 avril, soit hier, la loi est adoptée par la Chambre des Communes (équivalent de l'Assemblée Nationale), aisément et en deux heures.

L'Open Right Groups dit :

« déconnecter des familles parce qu’elles sont accusées d’enfreindre le droit d’auteur est une punition draconienne qui nécessite d’être débattue en profondeur, et non de passer en force à la dernière minute »

Suite à toutes les lettres d'oppositions reçues, et certainement aux connaissances en informatique des députés anglais (comme français), on a pu voir une Chambre de ... 236 hommes et femmes, au lieu de 650.

 

    Il faut alors attendre l'adoption finale (ou pas) du DeBill par la Chambre des Lords ... Et le Royaume-Uni aura sa place dans nos amis de la régulation du Net par les autorités gouvernementales.

 

http://2.bp.blogspot.com/_oanIjynM1iU/SskEoHJSNpI/AAAAAAAAApA/F0dTP8o6T2g/s400/jesus_pirate%5B1%5D.jpg

 

   Une destruction du web, non, parce qu'à première vue ces lois se limiteront au partage illégal en P2P, mais je ne pense pas que laisser chaque pays prendre ses décisions soit une bonne solution, l'Internet ne connait pas ces frontières là, et la langue anglaise permet aux internautes des quatre coins du monde de supprimer les milliers de kilomètres qui les séparent pour intéragir. Il serait peut-être temps d'imaginer un monde différent ...

 

 

 

Pierre Billon est outré devant cette loi, et se sent comme une Bamba triste.

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