De l'amour (de l'aspirateur comme vecteur d'une toute-puissance domestique)

Publié le par L'Association des Fous d'Aspirateurs

Mais bordel, elle le fait exprès ou quoi ? Elle me gonfle avec son aspirateur, on dirait qu'elle adore faire du bruit pour rien, zut flûte et crotte de bique, je me sens offusqué, si bien que mon courroux s'en trouva clairement affiché lorsque je m'empressât de claquer la porte de ma chambre en hurlant quelque insanité envers sa personne !

 

Car il peut sembler évident que l'aspirateur n'est qu'un ustensile électroménager muni d’une pompe à air créant une dépression qui provoque l’aspiration de poussière et de petits déchets tombés au sol. Mais sa fonction principale ne réside pas dans la définition de l'encyclopédie collaborative, bien trop cartésienne et naïve quant au pouvoir des techniciens de surface domestique (maman, papa, le grand frère, la grande soeur) et leur influence sur la paix susceptible de résider dans un foyer moyen français.

 

Mais alors, quel est ce rôle, pourquoi l'aspirateur est-il tant utilisé et si bruyant ? Nous pensons à la conspiration alliant les fabricants et les utilisateurs de l'engin. En effet, selon l'ONDUB (Organisation Nationaliste de Défense de l'Utilisation du Balai), 73% des utilisateurs moyens français ne remplaceraient pour rien au monde leur aspirateur contre un balai plus silencieux.

 

Pourtant le bruit énerve l'entourage, il embête, dérange, déconcentre, stresse, il serait même à la source d'une mort en 1983, alors qu'un enfant certes capricieux mais ne révélant aucun trouble psycho-moteur évident fut retrouvé pendu dans sa chambre après un grand nettoyage de printemps ayant fait fonctionner l'aspirateur pendant plus de 2h30 sans interruption. Peu évident me diriez-vous, pourtant le dubstep provoque le même genre de mort lors de concerts trop étendus dans le temps.

 

L'utilisateur de l'aspirateur, ainsi, avec la simple volonté de nettoyer la maison, se retrouve parfois auteur d'un meurtre contre sa volonté, car le bruit, ce son complexe produit par des vibrations diverses, souvent amorties et qui ne sont pas des harmoniques est le contraire même de l'information intelligible ; l'humain, devant le bruit inévitable, ne peut contenir sa haine ni la rejeter car n'ayant pas lieu d'être selon lui.

 

C'est alors que survient une expérience que nous jugeons intéressante. Vous qui détestez le bruit que provoque l'aspirateur, prenez quelques minutes le manche dans vos mains, pressez doucement avec votre gros orteil le bouton de démarrage de l'engin éléctro-ménager, et là, la paix, du moins le calme paradoxal.

 

Si dans un premier temps, le bruit est synonyme de guerre dans la maison, celui qui provoque le bruit provoque la guerre et décide de l'avancement du conflit, de sa fin. Il est ainsi le seul être susceptible de clôturer l'acte belliqueux, l'intervention d'une tierce personne ne pouvant faire appel qu'à une gaminerie apparemment injustifiée.

 

C'est alors qu'intervient la notion de pouvoir, le gestionnaire de l'outil en question est maître de l'ambiance interne à la maison, il contrôle les autres occupants et devant le pouvoir ne peut que l'apprécier. Mais l'inconscient fourbe du malfrat aspirationneur va beaucoup plus loin : En connaissance du pouvoir qui lui est offert et du contrôle dont il dispose, il n'hésite pas à jouir de sa domination, ce qui fait régner en sa personne la paix, le bonheur (et qui étend bien sûr de quelques minutes l'horrible bruit).

 

Il ne faut alors pas dire à un individu, dont le conscient a l'impression d'exécuter une tâche ennuyeuse d'arrêter de foutre le bordel avec son putain d'aspirateur, mais bien lui proposer de le relayer dans cet emploi ardu de l'outillage éléctro-ménager afin de reprendre en main le pouvoir et la domination de l'équilibre pacifique domestique. Même si bien souvent l'utilisateur refuse dans un faux élan de courtoisie et de politesse (le monde de l'aspirateur est corrompu jusqu'à la moelle), il se peut que vous satisfaisiez sans aucun effort votre volonté hégémonique du pouvoir.

 

Alors prosternez-vous devant l'emploi de l'aspirateur, sentez-vous maître de rétablir ou non la paix au domicile, laissez vos proches se reposer tranquillement (c'est du moins ce qu'ils s'obstinent à penser) et utilisez l'aspirateur autant que vous le pouvez, n'hésitez pas à sombrer dans la folie pointilleuse du grand nettoyage, vos proches vous féliciterons au final bien qu'ayant souffert de la guerre pendant d'interminables minutes, pour peu que leur sagesse dépasse la vôtre.

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